Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 15:18

Avenue des geants

 

En guise de mots d'adieu, Marc Dugain nous glisse à la fin de son dernier roman : "Romancer un personnage, c'est le trahir pour mieux servir ce que l'on pressent de sa réalité."


Avenue des Géants est tiré de fait bien réels et de la vie hors norme d'Edmund Kemper (ici dépeint sous l'alias Al Kenner), qui défraya la chronique aux Etats-Unis dans les années 1960.


Inutile d'en dire trop et d'enlever à cette lecture troublante le plaisir (et l'horreur) de la découverte. Il suffit de se mettre sur la piste d'Al pour ne plus avoir envie de le quitter, à son corps (et intuition) défendant.


Al est un ado un peu plus grand que la moyenne (2,20 mètres) et un peu plus intelligent que ses congénères (son QI dépasse celui d'Einstein).

Après le divorce de ses parents, Al a grandi auprès de sa mère, une grande femme dominatrice et tyrannique. Arrivé à l'adolescence, il est envoyé chez ses grands-parents et tombe sous la férule de sa grand-mère, copie conforme de la perversité de sa mère.

Un jour, Al décide de mettre un terme au cercle vicieux familial qui l'étouffe. Il n'aura pas de mal à se souvenir de la date : le même jour, le président Kennedy est assassiné.


Le roman se déroule au fil d'une narration en flash-back qui passe au peigne fin l'Amérique des années 1960-1970 :

"Nous étions des enfants de l'après-guerre. Nos pères en avaient vu de belles dans le Pacifique et en Europe, et les non-dits à l'intérieur des familles se dissimulaient derrière la prospérité. La famille traditionnelle s'était souvent transformée en cauchemar, on voyait pour la première fois à la télévision des images de massacre en Indochine, l'aiguille de la boussole tournait affolée pour bien des jeunes qui ne savaient plus comment exister. Certaines n'ont rien trouvé d'autre que de tuer, et en masse, comme si tuer une seul personne ne suffisait plus" et d'aujourd'hui :

"Dehors on coule. Tout ce qu'on craignait est arrivé. La terre s'épuise comme une vieille femme malade que son mari voudrait continuer à honorer chaque jour. L'Amérique a gagné. Plus de communisme, plus de rêve non plus, un seul modèle, le nôtre. Dans cinquante ans il n'y aura plus dans la mer que des poissons d'élevage, on respirera avec un masque et l'eau vaudra plus cher que le champagne. Sinon, tout va bien, de nouveaux pays émergent sur le même modèle que le nôtre. Le seul tort d'Orwell était de croire que le totalitarisme prendrait un visage terrifiant."


Avenue des Géants se prête à l'analyse de l'inconscient d'une nation par le truchement du dialogue intérieur d'un héros-ogre. "Quand je travaillais à l'hôpital psychiatrique dans le Montana, j'avais un patron qui m'a beaucoup marqué. Il disait que tous les problèmes commencent le jour où l'on sort du ventre de sa mère et que l'enfant crie sa colère de passer du monde de l'apesanteur amniotique à celui de la gravité où il ne faut jamais oublier de respirer. Si en plus la mère vient à disparaître, le désenchantement est définitif." 

Projeté dans une descente en enfer semée de routes infinies, de hippies, de Républicains bon teint et d'une société au bord de l'implosion schizophrène, le géant de Marc Dugain nous emmène aux pieds des séquoias au chevet d'un esprit et d'un pays malades.

 

A lire également

Le Mur invisible de Marlen Haushofer

 

 

Par Fabienne Gondrand - Publié dans : Livres - Communauté : Les traducteurs indépendants
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 10:19

   

 

 

 

Living in the earth-deposits of our history


Today a backhoe divulged out of a crumbling flank of earth
one bottle amber perfect a hundred-year-old
cure for fever or melancholy a tonic
for living on this earth in the winters of this climate.


Today I was reading about Marie Curie:
she must have known she suffered from radiation sickness
her body bombarded for years by the element
she had purified
It seems she denied to the end
the source of the cataracts on her eyes
the cracked and suppurating skin of her finger-ends
till she could no longer hold a test-tube or a pencil


She died a famous woman denying
her wounds
denying
her wounds came from the same source as her power.

 

© Adrienne Rich

 

Par Fabienne Gondrand - Publié dans : Livres - Communauté : Les traducteurs indépendants
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 16:23

Terraferma

 

Depuis le décès de son père, emporté au large, le jeune Filippo survit tant bien que mal, aux côtés de sa mère Giulietta, de son grand-père et de son oncle, sur une petite île à mi-chemin entre l'Italie et l'Afrique. La famille vit de la pêche, et cet été-là, se convertit au tourisme, en louant la maison à de jeunes citadins.

 

Un jour, bravant la loi et la police locale, Filippo et son grand-père sauvent de la mer une poignée de clandestins partis d'Ethiopie deux ans plus tôt pour regagner l'Europe. Parmi eux, le petit Omar et sa mère Sara dont la grossesse arrive à terme.

 

Au village, la colère gronde et un questionnement vient tarauder les autochtones, toutes générations confondues : faut-il préserver l'image lisse de l'île afin de séduire les hordes de touristes venus se dorer la pilule ou perpétrer les valeurs ancestrales qui interdisent d'abandonner une âme en mer ?

 

Dix ans après Respiro, Emanuele Crialese plante de nouveau sa caméra sur les rivages de l'île de Lampedusa, cette fois pour prendre à bras le corps un sujet plus brûlant d'actualité. Le film décline avec force et détermination tous les contraires qui s'affrontent autour de cette île langoureuse ; au bateau assailli par des grappes de corps épuisés se superposent les déhanchés des fêtards se dandinant sur un yacht, à celui des peaux blanches cuisant sur le sable blanc, la peau noire des exilés qui s'échouent sur un sable de la même couleur.

 

Le réalisateur parvient jusqu'au bout à mêler le cheminement intime des personnages aux considérations qui les dépassent et les usent, et nous laisse sur un dernier plan magistral.

 

A lire également

Welcome de Philippe Lioret

 

Par Fabienne Gondrand - Publié dans : Cinéma - Communauté : Les traducteurs indépendants
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 19:39

Howl book Howl film

 

“I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving hysterical naked,

dragging themselves through the negro Streets at dawn looking for an angry fix,

angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly connection to the starry dynamo in the machinery of night,

who poverty and tatters and hollow-eyed and high sat up smoking in the supernatural darkness of cold-water flats floating across the tops of cities contemplating jazz(…)”

 

« J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,

Se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre,

Initiés à tête d’ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne,

Qui pauvreté et haillons et œil creux et défoncés restèrent debout en fumant dans l’obscurité surnaturelle des chambres bon marché flottant par-dessus le sommet des villes en contemplant du jazz (…) »

 

C’est ainsi que commence Howl, le poème qu’Allen Ginsberg écrivit pour Carl Solomon (Kerouac, Burroughs, Cassidy et les autres) et qu’il livra au monde lors d’une lecture publique à la Six Gallery à San Francisco en 1955.

 

C’est ainsi que commence le film de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. Par le début de ce long cri meurtri qui allait heurter l’Amérique bien pensante des années 50.

 

Dans la foulée, c’est Lawrence Ferlinghetti, l’éditeur de Howl et autres poèmes, qui se retrouve à la barre des accusés. Le chef d’accusation : obscénités. Allen Ginsberg n’assiste pas à l’audience : « ce n’est pas moi qu’on accuse… ». Ce sont les mots. Car ils ont un sens.

 

Howl le film tisse des allers et retours entre trois moments narratifs.

 

Le jeune Allen, âgé de 19 ans, tente de trouver sa voix et son équilibre mental dans une société formatée et hétérosexiste.

 

À la barre défilent des professeurs et autres critiques littéraires qui débattent de la ‘validité’ de ce poème qui choque avec son style bancal, ses métaphores déroutantes, son langage cru, son Amérique-Moloch qui tue ses enfants, « Moloch dont le sang est de l’argent qui coule, (…) Moloch dont l'amour est pétrole et pierre sans fin ! Moloch dont l'âme est électricité et banques ! »

 

Enfin une animation met en abyme le poème dont il magnifie le souffle surréaliste.


Les mots ont-ils un sens et peuvent-ils changer le monde et les hommes ? Un demi-siècle plus tard, le cri du jeune Allen de San Francisco retentit avec plus de pertinence et de force que jamais.

 

« Moloch ! Moloch ! appartements robots ! banlieues invisibles ! trésors squelettiques ! capitales aveugles ! industries démoniaques ! nations spectre ! asiles invincibles ! queues de granit ! bombes monstres !

Ils se sont pliés en quatre pour soulever Moloch au Ciel ! Pavés, arbres, radios, tonnes ! soulevant la ville au Ciel qui existe et qui nous entoure partout !

Vision ! augures ! hallucinations ! miracles ! extases ! disparus dans le cours du fleuve américain !

Rêves ! adorations ! illuminations ! religions ! tout le tremblement de conneries sensibles !

Percées ! par-dessus le fleuve ! démences et crucifixions ! disparus dans la crue ! Envolées ! Epiphanies ! Détresses ! Décades des cris animaux et de suicides ! Mentalités ! Amours neuves ! Génération folle ! en bas sur les rochers du Temps !

Vrai rire sacré dans le fleuve ! ils ont vu tout cela ! les yeux fous ! les hurlements sacrés ! Ils ont dit adieu ! Ils ont sauté du toit ! vers la solitude ! gesticulant ! portant des fleurs ! En bas vers le fleuve ! dans la rue ! »

Par Fabienne Gondrand - Publié dans : Cinéma - Communauté : Les traducteurs indépendants
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 18:47

Ein gutes neues Jahr (Allemand)
E glëckliches nëies (Alsacien)
Happy New Year (Anglais)
aam saiid (Arabe)
shnorhavor nor tari (Arménien)
urte berri on (Basque)
bloavezh mat (Breton)
xin nian kuai le (Chinois)
pace e salute (Corse)
sretna nova godina (Croate)
godt nytär (Danois)
feliz año nuevo (Espagnol)
gelukkig Nieuwjaar (Flamand)
kali chronia (Grec)
felice anno nuovo (Italien)
akemashite omedetô (Japonais)
e gudd neit Joër (Luxembourgeois)
gelukkig Nieuwjaar (Néerlandais)
godt nyttâr (Norvégien)
szczesliwego nowego roku (Polonais)
feliz ano novo (Portugais)
bona annada (Provençal)
un an nou fericit (Roumain)
S novim godom (Russe)
srecna nova godina (Serbe)
gott nytt âr (Suédois)
tashi delek (Tibétain)
yeni yiliniz kutlu olsun (Turc)
bone anneye (Wallon)

Par Fabienne Gondrand - Publié dans : Langue(s) - Communauté : Les traducteurs indépendants
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

What

Je recommande le Fablog

Fablive

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés