Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 19:39

Howl book Howl film

 

“I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving hysterical naked,

dragging themselves through the negro Streets at dawn looking for an angry fix,

angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly connection to the starry dynamo in the machinery of night,

who poverty and tatters and hollow-eyed and high sat up smoking in the supernatural darkness of cold-water flats floating across the tops of cities contemplating jazz(…)”

 

« J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,

Se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre,

Initiés à tête d’ange brûlant pour la liaison céleste ancienne avec la dynamo étoilée dans la mécanique nocturne,

Qui pauvreté et haillons et œil creux et défoncés restèrent debout en fumant dans l’obscurité surnaturelle des chambres bon marché flottant par-dessus le sommet des villes en contemplant du jazz (…) »

 

C’est ainsi que commence Howl, le poème qu’Allen Ginsberg écrivit pour Carl Solomon (Kerouac, Burroughs, Cassidy et les autres) et qu’il livra au monde lors d’une lecture publique à la Six Gallery à San Francisco en 1955.

 

C’est ainsi que commence le film de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. Par le début de ce long cri meurtri qui allait heurter l’Amérique bien pensante des années 50.

 

Dans la foulée, c’est Lawrence Ferlinghetti, l’éditeur de Howl et autres poèmes, qui se retrouve à la barre des accusés. Le chef d’accusation : obscénités. Allen Ginsberg n’assiste pas à l’audience : « ce n’est pas moi qu’on accuse… ». Ce sont les mots. Car ils ont un sens.

 

Howl le film tisse des allers et retours entre trois moments narratifs.

 

Le jeune Allen, âgé de 19 ans, tente de trouver sa voix et son équilibre mental dans une société formatée et hétérosexiste.

 

À la barre défilent des professeurs et autres critiques littéraires qui débattent de la ‘validité’ de ce poème qui choque avec son style bancal, ses métaphores déroutantes, son langage cru, son Amérique-Moloch qui tue ses enfants, « Moloch dont le sang est de l’argent qui coule, (…) Moloch dont l'amour est pétrole et pierre sans fin ! Moloch dont l'âme est électricité et banques ! »

 

Enfin une animation met en abyme le poème dont il magnifie le souffle surréaliste.


Les mots ont-ils un sens et peuvent-ils changer le monde et les hommes ? Un demi-siècle plus tard, le cri du jeune Allen de San Francisco retentit avec plus de pertinence et de force que jamais.

 

« Moloch ! Moloch ! appartements robots ! banlieues invisibles ! trésors squelettiques ! capitales aveugles ! industries démoniaques ! nations spectre ! asiles invincibles ! queues de granit ! bombes monstres !

Ils se sont pliés en quatre pour soulever Moloch au Ciel ! Pavés, arbres, radios, tonnes ! soulevant la ville au Ciel qui existe et qui nous entoure partout !

Vision ! augures ! hallucinations ! miracles ! extases ! disparus dans le cours du fleuve américain !

Rêves ! adorations ! illuminations ! religions ! tout le tremblement de conneries sensibles !

Percées ! par-dessus le fleuve ! démences et crucifixions ! disparus dans la crue ! Envolées ! Epiphanies ! Détresses ! Décades des cris animaux et de suicides ! Mentalités ! Amours neuves ! Génération folle ! en bas sur les rochers du Temps !

Vrai rire sacré dans le fleuve ! ils ont vu tout cela ! les yeux fous ! les hurlements sacrés ! Ils ont dit adieu ! Ils ont sauté du toit ! vers la solitude ! gesticulant ! portant des fleurs ! En bas vers le fleuve ! dans la rue ! »

Par Fabienne Gondrand - Publié dans : Cinéma - Communauté : Les traducteurs indépendants
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